
Le remembrement des années 90 fut un moment haut en couleur
dans la vie du village… Il mériterait d’ailleurs à lui tout seul un paragraphe entier de
cette rubrique, tant ce moment de recomposition des patrimoines familiaux a suscité de
tension et de conflits ouverts ou larvés… L’un des résultats de ce remembrement fut
d’octroyer à la commune une pâture au bout du village, en face du 55 route de Guivry,
juste derrière le calvaire du chemin de Guivry. C’est une parcelle dont personne ne
voulait, et que les agriculteurs avaient été bien contents de «fourguer» à la municipalité…
Cette parcelle, une petite pâture, avait été oubliée de tout le monde, y compris de la
municipalité… Un jour, c’était vers la fin de l’année 2003, lors d’un repas des anciens
combattants je crois, un agriculteur retraité, amoureux de chevaux, me confiait qu’avec
l’échange des terrains occasionnés par le remembrement, il n’avait plus de pâture
disponible pour nourrir ses beaux destriers…
Il m’est alors revenu en mémoire l’existence de cette parcelle au fin fond du terroir que
personne ne voulait, vous disais-je, et qui ne servait à rien…
Je propose donc à notre éleveur de chevaux, en tant que Maire, de lui louer cette parcelle,
pour qu’il puisse y faire paître ses animaux, en attendant de retrouver des pâtures qui
satisfassent à ses besoins… Je lui précise cependant qu’il faudra que j’en parle au Conseil
Municipal, mais que ce sera une simple formalité…
Comme j’étais naïf!
Il est vrai que notre ami n’a pas fait preuve d’une grande diplomatie, car sitôt le banquet
terminé, il se précipitait dans la dite parcelle pour y installer sa clôture électrique…
Et bien entendu, comme tout se sait à Ugny le Gay, de bonnes âmes du terroir se sont
empressées d’aller rapporter la nouvelle à tous les ennemis de Monsieur F… , en
déformant la vérité au passage, forcément:
«… Le Maire a donné la pâture à F…!!!...»
Aussitôt, branle bas de combat dans le landerneau villageois… Tout ce petit monde se
rue dans le bureau du Maire pour hurler au vol et à l’injustice!
Il a donc fallu que le Maire se fende d’une délibération pour mettre les choses au point…
Je vous en livre quelques lignes pour bien vous situer le degré d’ambiance délétère qui
régnait (déjà) à cette époque…
«...Le Maire tient à évoquer devant le Conseil Municipal une «affaire» qui a soulevé la ire de
certains, au sujet d'une parcelle communale qu'il aurait cédée à un propriétaire de chevaux.
Il rassure l'assemblée: aucun bail ni contrat n'a été signé avec l'impétrant potentiel. II s'agit
d'un malentendu et rien n'aurait été signé de sérieux avec qui que ce soit sans l'avis du conseil
Municipal, et «l'affaire» aurait été vite désamorcée si les réclamants étaient venus voir le
Maire directement.
Madame P… B... croit bon d'ajouter qu'elle n'a pas peur de nommer les gens qui se sont plaints
de cette «injustice», et que Monsieur F... est toujours favorisé par rapport aux autres. Le
Maire lui rétorque alors que ce n'est nullement la peur qui le conduit à taire le nom des gens
dans une délibération, mais le respect des personnes, parce que les délibérations sont rendues
publiques, et que le conseil Municipal n'est pas un tribunal populaire. Il lui fait
vigoureusement remarquer qu'il n'est coupable d'aucun favoritisme, mais qu'il n'entrera pas
dans le jeu hypocrite et malsain de certains citoyens, qui consiste à entretenir un climat de
jalousie et de rancœur dans ce village...»
Conseil municipal du 28 Novembre 2003…
Suite à cette bronca, le Conseil municipal a décidé d’attribuer cette parcelle à un
propriétaire de chevaux, par tirage au sort. De justesse, car une conseillère municipale
avait proposé que ce soit au plus méritant! Vous vous rendez compte, il aurait fallu
désigner le citoyen le plus méritant d’Ugny le Gay!
Finalement, la parcelle a été louée à un autre exploitant agricole du village, qui
avait bien du mal à gérer son entreprise… Au bout de quelques années, il a fait faillite et
a quitté le village… Mais comble de perfidie, le bail que détenait cet agriculteur n’a
jamais été dénoncé par mon successeur… La parcelle a été sous louée en toute illégalité
par un autre propriétaire de chevaux du village, qui avait d’ailleurs crié au scandale
lorsque je l’avais attribué à Monsieur F… . Et comme par enchantement, personne n’a
trouvé à redire à cette entourloupe…
Deux poids, deux mesures…
Aujourd’hui, plus personne ne s’occupe du statut de cette parcelle… Le Conseil
municipal n’a rien décidé à ce sujet depuis belle lurette. Je vois tous les ans un tracteur
venir faucher l’herbe de la pâture et en faire des ballots… Mais pour le compte de qui, je
n’en sais foutre rien!